Clot Aspres 2001-2008 Synthèse

Clot d’Aspres 2001-2008 « Le temps des jonctions »

Synthèse sur les explorations 2001-2008 du SGCAF sur le Clot d’Aspres (Vercors) pour le livre sur les 60 ans du SGCAF

Auteur : Jean Héraud

 

Le SGCAF s’est tourné au cours des années 2000 vers le Clot D’Aspres.

 

Les premières tentatives ont concerné en 2001 le scialet du Silence en interclub avec le CAF Romans et le CSPA. Elles ont abouti à l’exploration de « l’affluent -450 m » avec remontée jusqu’à environ -200 m et arrêt dans le puits du Grand Cru.

Une petite bouteille de vin a d’ailleurs été déposée au point extrême des explorations au bénéfice des futurs explorateurs qui arriveront sans doute par l’amont.

Ce fut dans l’ensemble de rudes sorties avec des TPST dépassant souvent les 20h.

Une des dernières sorties fut mémorable, à défaut d’être glorieuse :

A l’issue de 25 h d’efforts, l’équipe bien caramélisée sort enfin du scialet pour se retrouver en pleine tempête de neige. Il était tombé dans l’intervalle 60 cm de fraîche avec localement des accumulations de plus d’un mètre. La dernière corde est complètement gelée et la sortie est en soit une épreuve nerveuse. Une partie de l’équipe passe en force et rejoint en titubant la vallée, l’autre, sortie plus tard, préfère construire un igloo à proximité du trou pour laisser la tempête se calmer. Un secours est déclenché, et retrouve les « campeurs » en bonne santé au matin…

 

En 2001-2003, le SGCAF se tourne ensuite, de nouveau en interclub, vers le scialet des Nuits Blanches dans les traces de Gilbert Bohec et Daniel Bruyère.

Pour l’équipe encore relativement inexpérimentée, le « costard » est un peu grand (et le trou porte bien son nom…)

A la suite de l’équipement, un bivouac est installé dans la grande galerie sèche vers -560 m d’où peuvent rayonner tous azimuts plusieurs sorties de 3 à 4 jours.

Les souvenirs reviennent : un dernier regard vers le ciel avant de plonger tels des cachalots vers les abysses, des puits inexorables, des « extrêmes amonts » tels des confins d’un monde « neuf, dur et intègre», et la quête de l’inconnu comme la fièvre de l’or.

Sans oublier le tarif : des nuits à trembler dans des duvets trop fins, des matins boueux et sans lumière, les corps poussés à leurs limites.

De nombreuses anecdotes vinrent pimenter le quotidien de ces sorties trop longues :

Jean Francois passa ainsi à 2 doigts de s’empaler sur sa barre à mine alors que l’équipe se hâtait vers la zone de sécurité du bivouac talonnée par une alerte orange météo (« C’était des temps déraisonnables» aurait dit Aragon)

Cette barre à mine allait permettre à notre ami Vlad l’Empaleur de faire son entrée par la petit porte du boyau « Vlad », puis plus majestueusement dans la salle « Vlad’La Joie ».

La désobstruction du boyau tourna elle au loufoque. Dans un élan magnifique, l’équipe mit en effet toute son énergie à le colmater, car il exhalait un petit courant d’air déplaisant dans la « chambre à coucher » du bivouac. Puis vint le temps de la réflexion …et des repentirs !

A noter aussi une pénible remontée au bout de 4 jours, le soulagement d’une sortie au grand jour et la question fatidique : « Agnès est derrière toi ? » … bientôt suivie d’une redescente de plus en plus angoissée jusqu’à -350 où se rejoignent une secourue très zen et des « sauveteurs » les larmes aux yeux.

Dans la catégorie des « marronniers » indémodables de la spéléo, mentionnons enfin une crue subite à mi-hauteur des grands puits. Après la nuit dans l’igloo du Silence, place à la nuit sous le point chaud des Nuits Blanches…

Côté résultat, le passage du boyau Vlad donnait accès à une quarantaine de mètres d’une vaste galerie s’achevant sur la salle Vlad’La Joie où le courant d’air poursuivait seul à travers la trémie. Des trémies ventilées dans les amonts avaient été repérées mais pas franchies. Plusieurs points d’interrogations avaient été levés sans avancée décisive..

Au final, des résultats modestes pour tant d’efforts, et un déséquipement qui mettait, semble-t-il, un point final à l’aventure.

 

Mais le courant d’air qui file dans la trémie de la salle Vlad ne s’oublia pas…

Quatre ans plus tard, une soirée trop arrosée décida du rééquipement. Entre temps, l’équipe s’était étoffée (et abondamment reproduite…comme l’évoque la trémie « Conceptioñ ») et le trou fut rééquipé de façon plus « confortable »  avec les têtes de puits reprises, quelques élargissements ponctuels réalisés et de la rubalyse dans les passages clés.

Le premier objectif : la trémie ventilée de la salle Vlad’La Joie, qui cède après seulement trois heures de négociation et donne accès au majestueux réseau Vlad. De retour au bivouac trois clochards misérables font de grands bruits en sifflant leur soupe. Mais les apparences sont trompeuses, ce sont les rois du pétrole !

Plusieurs sorties de deux jours sont alors consacrées à explorer, admirer, topographier cette noble partie du réseau qui développe vers le nord et s’achève malheureusement sur un colmatage siphonnant. Refusant l’inéluctable, on force l’obstacle avec un acharnement irrationnel. Un petit barrage est réalisé et un savant jeu de tuyaux de pompier détourne l’actif alimentant le siphon terminal. En vain. Le contournement est tenté en lançant des escalades dans un bel amont actif : l’affluent des Goujonnades, où Eric va s’illustrer sur 200 m de dénivelé.

En définitive, priorité est donnée à la quête de la jonction avec cap sur les extrêmes amonts vers une trémie instable et remontante mais si séduisante quand le vent joue dans ses cheveux !

La guerre des nerfs commence. Une infiltration audacieuse de Martin se solde par un ébranlement en masse de la trémie qui se referme derrière lui. Bientôt libéré, l’équipe poursuit l’infiltration avec beaucoup de douceur. Le nom donné à l’unanimité à cette trémie : « La trémie des bons pères de famille » résume assez bien l’état d’esprit de ces bons papas.

Enfin la trémie est franchie et débouche au pied d’une haute salle. La suite est vers le haut et n’est guère aisée.

La sortie suivante, Manu Tessane est « lâché » et sort l’escalade avec brio. Il remonte un couloir très incliné et ébouleux. Ca parpine sec et les suiveurs se protègent comme ils peuvent. Un passage étroit donne enfin accès à la base du P30 des Brumes Matinales : LA JONCTION EST FAITE !

 

Cette jonction relance la course au -1000 et bien vite, tout le Plateau se retrouve « fortuitement » au scialet de la Bourrasque. Ce dernier est en effet bien placé pour réaliser la dernière jonction entre le réseau supérieur et le réseau médian.

L’ASV et le GSM tentent leur chance dans le grand puits « Débris de Rêve ».

Le SGCAF parie une nouvelle fois sur les trémies et file au point bas du réseau pour s’attaquer à la trémie terminale. Cette dernière est très prometteuse et, sur les conseils de Pascal, la chasse au courant d’air se concentre bientôt vers sa partie supérieure. Un quart d’heure de désobstruction dans le mikado géant suffit et la porte s’ouvre ! Pour ne pas se rendre sans combattre, la trémie s’effondre localement juste après le passage de Jean et une nouvelle désobstruction fébrile permet de rouvrir le passage au reste de l’équipe. L’ambiance est électrique : « Une nouvelle fois ce parfum d’incendie » !

Rapidement un puits se présente. Il est vite descendu. A sa base, un nouveau puits et à quelques mètres sous la margelle : un amarrage ! Quelques minutes de doute et de panique mentale s’ensuivent : Où est-on ? Le doute est enfin levé quand les bottes touchent l’eau au bas du puits … dans la rivière du Ménisque !

Comme souvent dans les belles histoires spéléo, c’était la dernière corde, le dernier goujon et l’accu a rendu gorge au bout du dernier trou !

 

La dernière jonction est faite et autant le dire : les yeux brillent et la joie est grande.

 

La première est courte mais la symbolique est forte : avec 1066 m de dénivelé le réseau du Clot d’Aspres devient en 2008, 54 ans après le Berger, le second -1000 du Vercors.

A la suite de ce hold-up, le club s’est de nouveau tourné vers la recherche de l’aval inconnu du réseau via la recherche patiente d’un nouveau scialet en aval.

Cette rivière «sous la pierre» pourrait bien s’offrir dans les prochaines années sous l’impulsion d’une nouvelle génération de passionnés.

Les principaux protagonistes de cette aventure (ceux qui ont fait plusieurs sorties) sont Martin Gerbaux, Agnès Montaufier, Jean François Gaucher, Denis Delamarre, Lionel Revil, Manu Tessane, Pascal Collet, Elise Dubouis, Pierre Metzger, Eric Laroche Joubert et Jean Héraud.